Histoire du Kinbaku

De l'art martial à l'érotisme raffiné

Le Kinbaku est l'art du bondage japonais, mêlant servitude, domination, spiritualité, philosophie, érotisme, sensualité et, de nos jours en Occident, esthétisme. Il est synonyme de soumission, d'immobilisation, de ligotage et de restriction de liberté, lors de mises en scène sexuelles, érotiques ou d'encordage, dans le cadre de jeux sadomasochistes.

Origines médiévales — Hojojutsu

La pratique de cet art provient de l'Hojojutsu, un art martial japonais, une technique de ligotage militaire médiévale, basée sur la réalisation de motifs à l'aide de cordes et de nœuds. Elle était utilisée pour capturer, entraver et transporter les prisonniers, tout en soignant la façon de les attacher en fonction de leur rang social. Son but était d'empêcher les prisonniers de fuir, sans pour autant provoquer de souffrances physiques ou psychologiques, et de rendre le ligotage esthétique afin de ne pas nuire à l'honneur de leur rang social.

À partir du XVe siècle — Déclin & mutation

Avec le temps, cet art a perdu de sa noblesse et les gestes sophistiqués et hiérarchisés des Nawashi — les spécialistes du ligotage — ont laissé place à un usage des cordes beaucoup plus cruel pour les tortures, châtiments et exécutions.

Années 1950 — Renaissance érotique

Au cours des années 50, la culture occidentale a réveillé cet art militaire ancien pour le transformer en un art érotique visuel fascinant, s'inspirant des estampes érotiques japonaises. Les cordes deviennent alors synonymes d'érotisme et d'esthétisme, lorsqu'elles entravent le corps féminin, l'enveloppant de beauté, de sensualité, de plaisir cérébral et de stimulation sexuelle. Le corps nu est ainsi célébré, mis en valeur, de façon sereine et savante. Le corps est caressé, stimulé, par l'emprise et le maintien des cordes, totalement ou en partie soumis, immobilisé, contraint ou suspendu.

Sécurité & Responsabilité

Les diverses techniques utilisées doivent être sans douleur, sans danger, si toutes les règles de sécurité sont respectées, en toute confiance, dans le respect et le partage, avec patience et maîtrise — car la personne qui attache est responsable de la sécurité, voire de la vie, de sa partenaire attachée.

Occidentalisation de l'image

C'est John Willie qui, le premier, a occidentalisé l'image du bondage et, par conséquent, la notion de Shibari, bien qu'une forme de ligotage soit déjà présente dans l'œuvre du Marquis de Sade. Il perd un peu de son esthétisme pour entrer dans l'imagerie des jeux sadomasochistes.

Le photographe new-yorkais Irving Klaw et sa sœur Paula seront les premiers à commercialiser et populariser des images de soumission et de bondage, prenant pour modèle Betty Page, cette secrétaire devenue symbole de liberté sexuelle en Amérique.

La beauté n'est plus alors dans l'art de nouer les cordes, mais dans l'art de les photographier, visant à rendre publique la sexualité privée. Certains, cependant, allient art et jeu, technique et sensualité, pour sublimer le corps de femmes soumises sous leurs cordes et, principalement, leur poitrine, symbole par excellence de féminité et de sensualité. Le bondage des seins, dans l'art, est appelé Shinju. Autre pratique courante intégrant le fétichisme Shibari : le bondage des pieds, leur donnant, outre l'objectif de restreindre les mouvements de la soumise, une dimension érotique et sexuelle.